Un hameau perché hors du temps
On n’arrive pas à Chalencon par hasard. Le hameau, rattaché à la commune de Saint-André-de-Chalencon, est interdit aux voitures. Depuis le parking à 500 mètres, on descend à pied vers le site, et c’est au détour d’un virage que le village apparaît d’un coup : blotti sur son éperon rocheux au-dessus de la rivière Ance, dominé par le donjon crénelé du château, entouré de verdure et de silence. Le temps s’arrête vraiment ici.
Chalencon est situé à 666 mètres d’altitude dans un site protégé de 25 hectares, à une trentaine de kilomètres du Puy-en-Velay, à la frontière naturelle entre le Velay, le Forez et le Languedoc. Sa ruelle unique, bordée de maisons fleuries en pierre, mène directement au château et à la chapelle. Il n’y a pas d’autre chemin. Il n’en faut pas d’autre.
Mille ans d’histoire sur un piton rocheux
Le village fait son apparition dans les textes sous le règne de Philippe Ier, entre 1021 et 1047, d’abord sous l’autorité des abbés du Monastier-sur-Gazeille. Une puissante forteresse est érigée dès le Xe siècle pour contrôler ce passage stratégique entre les routes du Velay et du Forez. Les seigneurs de Chalencon y établissent leur baronnie, pratiquent le commerce de marchandises entre le Velay et la vallée du Rhône, et s’allient en 1349 à la puissante maison des Polignac par le mariage de Guillaume II avec Walpurge de Polignac.
Le château est définitivement abandonné vers 1600. Il en reste aujourd’hui trois terrasses étagées, un donjon circulaire restauré au sommet crénelé, deux tourelles d’angle reconstruites au début du XXe siècle, et quelques fenêtres gothiques de la fin du XIIIe siècle. Le donjon et la chapelle sont classés monuments historiques depuis 1913. La chapelle romane, accolée au château dès le XIe siècle, abrite encore sa cloche datée de 1499 et un plafond lambrissé à caissons blancs, vestige d’une restauration du XVIIe siècle.
Détail troublant pour ceux qui cherchent : à droite en arrivant au village, des roches à cupules témoignent de l’existence d’un culte païen bien antérieur au Moyen Age. On les appelle la Chaise des lutins.
Le Pont du Diable et la légende
En contrebas du village, le Pont du Diable enjambe l’Ance d’une seule arche romane. Sa construction remonte au XIIe siècle. La légende raconte que les habitants, épuisés de reconstruire le pont détruit à chaque crue, acceptèrent le marché du diable : il reconstruirait le pont à condition que la première âme à le franchir lui appartienne. Le seigneur de Chalencon se sacrifia, mais son chien, qui gambadait devant lui, passa le premier. Le diable, furieux d’avoir été berné, fit tomber une pierre du parapet en disparaissant. On dit que cette pierre, replacée chaque matin, se retrouvait chaque nuit dans la rivière. Les habitants finirent par la laisser là. Et sous le pont, l’empreinte du visage du diable serait encore visible dans la roche.
Un village qui se bat pour exister
En 1820, Chalencon comptait encore 258 habitants. Le dépeuplement progressif a presque tout emporté. Une association, les Habitants de Chalencon, regroupe depuis des décennies des personnes originaires du lieu et d’autres venues d’ailleurs, séduites par le site. Ensemble, ils restaurent les maisons dans le respect de l’architecture médiévale. Aujourd’hui, 25 maisons ont été remises en état et sont habitées. Le sculpteur local Pogy a semé des pierres sculptées dans le village : les enfants partent à leur recherche comme dans un jeu de piste.
Chalencon a aussi servi de décor de cinéma. Le film Louise Violet du réalisateur Éric Besnard y a été tourné. Une reconnaissance de plus pour un village qui n’en a pourtant pas besoin : il se suffit à lui-même, posé sur son rocher depuis mille ans, au-dessus d’une rivière que le diable n’a pas réussi à garder.
Sources : myhauteloire.fr, gorgesdelaloire.fr, Wikipedia (consultation interne), partir-ici.fr — avril 2026


























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