Il y a soixante ans, à l’automne, les collines du Velay bruissaient d’un bruit familier : celui des enfants qui, panier à la main, parcouraient les sous-bois à la recherche de châtaignes. Ce n’était pas un jeu. C’était un geste utile, un geste de saison, un geste de famille.
Dans les fermes d’Yssingeaux, du Chambon Sur Lignon ou du Mazet Saint Voy, la cueillette des châtaignes faisait partie du calendrier rural, entre la fenaison et la rentrée des classes.
Un revenu de saison
En 1965, la châtaigne était encore un produit de vente. Les agriculteurs, les artisans, les familles nombreuses comptaient sur cette récolte pour compléter leurs revenus.

Les enfants partaient après l’école, le week-end, ou pendant les vacances. Ils allaient dans les vergers communautaires, les bois de châtaigniers en bordure des chemins. Certains parcouraient des kilomètres, panier sur le dos, pour rapporter vingt, trente, quarante kilos.
Une fois triées, les châtaignes étaient vendues aux grossistes du Puy-en-Velay ou directement aux marchands ambulants. En 1964, le prix tournait autour de 0,70 francs le kilo, une somme non négligeable à l’époque.
Un savoir transmis
La cueillette n’était pas si simple. Il fallait savoir reconnaître les châtaigniers productifs, éviter les chenilles processionnaires, trier les fruits abîmés.
Les aînés montraient aux plus jeunes comment utiliser le peigne en bois, comment secouer les branches sans abîmer l’arbre, comment conserver les châtaignes au sec.
C’était une économie de proximité, une solidarité de village, une transmission silencieuse.
Un patrimoine qui s’efface
Aujourd’hui, les châtaigniers sont moins nombreux. Les vergers ont été abandonnés, envahis par les broussailles. Le marché a disparu. Et les enfants ne vont plus dans les bois.
Quelques producteurs tiennent encore bon, comme au Chambon-sur-Lignon, où la châtaigne est défendue avec fierté.
Mais le geste, lui, s’en va. Comme les myrtilles, comme le foin coupé à la faucille, comme le fromage fait à la ferme.
Parce qu’ici, le temps passe.
Mais parfois, il emporte avec lui ce qui comptait le plus.


























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