Une forteresse bâtie pour surveiller la vallée
À 2,5 kilomètres au nord de Saint-Privat-d’Allier, à 1 050 mètres d’altitude, un éperon boisé domine la rivière Allier. C’est là que Béraud VII de Mercœur fait ériger, au XIe siècle, un premier château. Sa fille, Alixent de Mercœur, dame de Saint-Privat-d’Allier, fait reconstruire l’édifice sur ces mêmes ruines en 1257, quelques années après son mariage avec Pons de Montlaur, selon la Plateforme Ouverte du Patrimoine du ministère de la Culture.
Le choix du site n’a rien d’anodin. Le donjon a été conçu pour offrir une vue directe sur les châteaux voisins de Saint-Privat et de Saint-Didier-d’Allier, jouant vraisemblablement un rôle de relais optique plutôt que de simple défense — une explication qui tient aussi à sa position, exposée aux attaques venant du sommet de la montagne.
Une puissante famille, un lignage éteint
Les Mercœur forment, au XIIIe siècle, l’une des baronnies les plus puissantes d’Auvergne, un lignage apparu à la même époque que les Bourbon. Le nom de Mercœur apparaît pour la première fois dès 911, dans une donation faite au chapitre de Brioude.
Quand la lignée originelle s’éteint en 1321, faute d’héritier direct, ce sont les Montlaur qui recueillent le château, avant de le céder aux Du Saunier en 1390, d’après les recherches généalogiques publiées sur Mémoire virtuelle d’une ide. Le Pays d’art et d’histoire du Puy-en-Velay situe plutôt en 1429 l’acquisition par les Poitiers Saint-Vallier, qui reconstruisent les murailles après les destructions de la guerre de Cent Ans — une chronologie légèrement différente selon les sources consultées, sans que l’ordre général des événements soit remis en cause.
Incendié, reconstruit, puis abandonné
Pendant la guerre de Cent Ans, la forteresse est incendiée, très probablement par les Routiers, ces compagnies de mercenaires démobilisés qui pillaient alors la région. Le château est fortifié à nouveau en 1439, et reste habité pendant plusieurs siècles, notamment par une famille de la bourgeoisie ponote, les Guitard, au début du XVIe siècle.
En 1764, un nouveau propriétaire entame la construction d’un corps de logis de style Louis XVI entre les tours et le donjon. Les travaux s’arrêtent net avec la Révolution. Le château reste néanmoins habité jusqu’en 1846, année où une descendante de la famille épouse le comte de Miramon Fargues, selon Dans la Bulle de Manou.
Depuis 1914, plus personne n’habite les lieux. Une aile nord-est s’effondre vers 1960. Il ne subsiste aujourd’hui que les tours en ruine, un donjon rond, une enceinte quadrangulaire réutilisée par des fermes locales, et les vestiges d’un décor peint du XVIIe siècle à motifs floraux, encore visible dans le donjon.
Un site classé, accessible aux randonneurs
Le château de Mercœur est inscrit partiellement au titre des Monuments historiques depuis un arrêté du 3 octobre 1979, couvrant le donjon, les façades et les cheminées, d’après la fiche Monumentum. Un itinéraire balisé de 14,2 kilomètres part de Saint-Privat-d’Allier et conduit aux anciens donjons ainsi qu’à la chapelle de Rochegude, offrant aujourd’hui la meilleure façon de découvrir ce pan méconnu du patrimoine vellave.
Le château de Mercœur, bâti en 1257 sur un éperon dominant l’Allier, reste l’une des forteresses médiévales les mieux conservées et pourtant les moins visitées de Haute-Loire.

























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