Deux cent quarante kilomètres à pied, dix jours de marche, trois départements. Le chemin de Régordane relie Le Puy-en-Velay à Saint-Gilles-du-Gard, dans le Gard, en traversant la Haute-Loire, la Lozère et les Cévennes. Aujourd’hui balisé comme GR 700, ce sentier suit le tracé d’une voie de commerce et de pèlerinage vieille de plus de mille ans.
Un chemin né d’un partage d’empire
L’essor du chemin remonte à 843, année du traité de Verdun, qui divise l’Empire carolingien entre les trois petits-fils de Charlemagne. Le chemin de Régordane devient alors l’itinéraire le plus oriental du royaume de Charles le Chauve, menant jusqu’au port de Saint-Gilles, sur la Méditerranée.
Le nom même du chemin intrigue encore les historiens. Une hypothèse fait dériver “Régordane” du relief encaissé et abrupt qu’il traverse en Cévennes, entre failles et vallées profondes. D’autres pistes évoquent une fontaine de la région de Saint-Jean-d’Acre portant le même nom, ou des châtaigneraies de Navarre. Le mystère reste entier.
Marchands, muletiers et pèlerins
Pendant des siècles, la voie voit passer les “Régourdans” ou “Rigourdiers”, muletiers transportant draps, vin et sel entre le Languedoc et Le Puy. Au XIIe et XIIIe siècle, le trafic s’intensifie, des ponts sont bâtis, des chaussées pavées dans les passages difficiles. Les péages deviennent si rentables qu’on se les arrache par la ruse et parfois par la guerre.
Le chemin porte aussi un nom plus ancien : chemin de Saint-Gilles. Les pèlerins s’y rendaient vers le tombeau du saint ermite, dans l’abbatiale de Saint-Gilles-du-Gard, ou vers la Vierge noire du Puy-en-Velay. Selon le site officiel de l’association du chemin, ce pèlerinage comptait, vers le milieu du XIe siècle, parmi les plus importants de la chrétienté occidentale, juste derrière Jérusalem et Rome. D’autres sources, dont la ville de Saint-Gilles elle-même, le classent en quatrième position, après Compostelle. Le rang exact reste débattu, mais son importance médiévale, elle, ne fait aucun doute.
Une route stratégique jusqu’au XIVe siècle
Le chemin de Régordane emprunte une faille géologique naturelle, le col de Villefort, entre le mont Lozère et le massif du Mas de l’Aire. Ce passage à basse altitude explique pourquoi la voie s’est imposée comme axe de circulation majeur entre l’Île-de-France et le Bas-Languedoc.
Son déclin s’amorce avec le traité de 1308, qui repousse les frontières du royaume jusqu’au Rhône. Les voyageurs privilégient alors le sillon rhodanien, plus praticable. Un climat qui se dégrade, des récoltes moins bonnes et des épidémies achèvent de vider la voie de son trafic.
Le GR 700 aujourd’hui
Le sentier moderne, balisé blanc et rouge, ne reproduit pas fidèlement le tracé historique sur toute sa longueur. Entre Pradelles et Luc, par exemple, le GR 700 passe par Lespéron et Cellier-du-Luc, laissant Langogne à l’écart de l’itinéraire d’origine.
Le parcours traverse aujourd’hui des sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, dont la cathédrale du Puy-en-Velay et l’abbatiale de Saint-Gilles. La meilleure saison pour le parcourir va de mai à octobre, les portions en altitude de Haute-Loire et de Lozère pouvant devenir impraticables en hiver.

























Ajouter un commentaire