Louna, lycéenne à Brives-Charensac : le retrait des droits après un diagnostic vital
L’histoire de la jeune Louna n’est pas une simple succession de rendez-vous médicaux : c’est un combat pour la vie qui a débuté en 2021. Alors qu’elle n’a que 12 ans, elle est transportée en urgence absolue au CH Emile Roux. Le diagnostic tombe : acidocétose diabétique sévère. Son pronostic vital est engagé, et elle passera quinze jours en milieu hospitalier pour stabiliser ce diabète de type 1. Depuis ce traumatisme, cette habitante de Brives-Charensac vit avec une pathologie particulièrement instable.
Pendant les premières années, la MDPH de la Haute-Loire a reconnu la réalité de ce handicap en accordant l’AEEH et la Carte Mobilité Inclusion (CMI) mention “priorité”. Mais en novembre 2025, lors du renouvellement du dossier, la famille explique que l’administration a décidé de supprimer ces droits. Selon les documents de recours, aucune évolution médicale favorable n’aurait été constatée. La décision indique que la pathologie ne “perturberait plus” suffisamment la vie quotidienne de l’adolescente, une conclusion que la famille conteste fermement.
L’urgence des soins en public : la réalité des hypos et des hypers
Pour la famille, réduire la CMI priorité à un simple confort de file d’attente revient à sous-estimer les contraintes réelles de la maladie. Pour Louna, cette carte représente avant tout une mesure de sécurité. Qu’il s’agisse d’une hypoglycémie ou d’une hyperglycémie sévère, l’action doit être immédiate.
En cas d’hypoglycémie, le manque de sucre affecte directement les capacités du cerveau. “Il faut se resucrer d’urgence quand le cerveau ne répond plus”, explique la famille dans les documents de recours. Dans cet état de confusion neurologique, attendre debout dans une file peut devenir impossible. À l’inverse, l’hyperglycémie impose également d’agir rapidement pour pratiquer des rattrapages d’insuline et éviter un nouveau coma.
Imaginez une adolescente de 16 ans, prise de malaise en pleine grande surface ou dans un grand magasin, obligée de sortir son matériel, de calculer ses doses de rattrapage et de s’injecter de l’insuline sous le regard des passants. “L’aspect anxiogène et physique est fort, surtout lorsqu’il s’agit d’attendre debout ou de gérer ses besoins dans un environnement peu accueillant”, souligne son père dans le projet de vie. Cette carte priorité est, selon la famille, l’un des rares moyens de garantir un accès rapide à une place assise afin de stabiliser son état et pratiquer ses soins avec dignité.
Crampes, maux de tête et fatigue : la face moins visible de la pathologie
Le diabète de Louna ne se résume pas à des chiffres. C’est une pathologie systémique qui épuise le corps. Le dossier médical évoque des symptômes chroniques invalidants : maux de tête violents, crampes musculaires nocturnes et un risque permanent de neuropathies. Cette fatigue physique se double d’une fatigue cognitive importante.
Le relevé d’absences est sans appel : 36 heures de cours manquées en un seul trimestre. Ce ne sont pas des absences injustifiées, mais le résultat de nuits blanches passées à corriger des glycémies difficiles à stabiliser. Chaque rendez-vous chez le diabétologue, le cardiologue ou l’ophtalmologue au Puy-en-Velay se solde par une demi-journée de cours en moins, sans compter la charge mentale pour rattraper le programme scolaire en classe d’examen.
Une technologie qui impose une vigilance permanente
Depuis 2023, Louna est équipée d’une pompe à insuline. Si ce dispositif permet une injection en continu, il crée une dépendance technologique totale. En cas de pompe bouchée ou de défaillance matérielle, l’apport d’insuline s’arrête net. Louna doit alors basculer instantanément sur un schéma de secours avec des stylos injecteurs. Il n’y a aucune marge d’erreur.
La situation interroge également sur le plan administratif : l’administration lui accorde la RQTH jusqu’en 2029, reconnaissant que son handicap pèsera sur son futur métier, mais lui retire l’AEEH aujourd’hui.
Face à cette décision, la famille a tenté d’épuiser les voies amiables en déposant un Recours Administratif Préalable Obligatoire (RAPO) en décembre 2025. Malgré les certificats médicaux et la description détaillée du quotidien de Louna, rythmé par une pompe à insuline et une vigilance constante, la Commission a maintenu sa position.
Pour la famille, cette décision marque une rupture de la continuité des droits et laisse aujourd’hui une adolescente fragile sans les aides qui permettaient de sécuriser sa vie quotidienne. Une situation qu’ils jugent incohérente : assez handicapée pour être protégée demain, mais considérée comme trop autonome pour être aidée aujourd’hui.
Note : Les noms et lieux ont été modifiés pour protéger l’anonymat de la famille.


























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