Firminy et Saint-Étienne 1953 : mémoires de la “ville noire”
C’est un décor que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, celui d’une époque où la vallée du Gier et l’Ondaine vivaient sous un dôme de suie. En 1953, Firminy et Saint-Étienne constituaient un véritable bloc industriel où le gris dominait chaque aspect de la vie quotidienne.
La capitale des taudis et l’urgence de bâtir
Dans les années 50, Saint-Étienne était tristement célèbre pour son habitat insalubre, étant classée comme la 5ᵉ ville de France, mais surtout comme la capitale des taudis. Il fallait loger les ouvriers, et vite. C’est dans ce contexte d’urgence que Le Corbusier a imaginé Firminy-Vert, une utopie de lumière pour contrer la noirceur des mines et des forges. Au même moment, la cité de Beaulieu sortait de terre, intégrant le top 6 des grands ensembles nationaux aux côtés de Bron-Parilly.
Le Gier : une rivière aux mille couleurs toxiques
Le spectacle le plus frappant restait celui des eaux. “À cette époque, tout était gris, sauf le Gier, qui était très souvent coloré à cause des teintureries rejetant toutes sortes de saloperies dans la rivière”, se souvient un témoin de l’époque. Dans les années soixante, la rivière passait par toutes les teintes chimiques. “Pas un poisson n’y vivait. Il n’y avait que des rats, par centaines, dans les crassiers”, précise cette même source. Le Gier servait alors d’égout à ciel ouvert pour les usines, sans que cela n’émeuve l’opinion publique de l’époque.
Le passage au technicolor dès 1985
La fin de cette ère de charbon et de fumées n’est arrivée que tardivement. Ce n’est qu’avec les grandes réhabilitations nationales de 1985 que les façades ont commencé à retrouver de la couleur, effaçant des décennies de pollution accumulée sur les murs des HLM de la vallée. Un virage historique qui a transformé ce paysage industriel de 65 kilomètres de cheminées en un territoire plus respirable.
Note Historique
Le patrimoine architectural de Firminy est aujourd’hui classé à l’UNESCO, témoignage mondial du génie de Le Corbusier face à l’insalubrité urbaine du milieu du XXe siècle.
Origine des Sources : Témoignages d’époque, archives municipales de Firminy et Saint-Étienne, travaux historiques sur l’œuvre de Le Corbusier.
Crédit photo : Mémoire decité


























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