Bourlatier : un nom ancré dans la forêt séculaire
À 1 400 mètres d’altitude, sur la ligne de partage des eaux, la ferme de Bourlatier (Saint-Andéol-de-Fourchades) tire son nom d’une réalité géographique oubliée. Selon les travaux de recherche publiés par Patrimoine d’Ardèche, “Bourlatier” vient étymologiquement du coin des bourles, terme désignant les souches d’arbres très dures qui restaient après la coupe des forêts de fayards qui couvraient autrefois ces étendues dénudées.
Le site actuel repose sur l’emplacement précis d’un ancien château adjacent, dont les fondations furent entreprises en 1632 par Claude de Lestrange. Ce personnage historique, dont le mariage avec Paule de Chambaud fut à l’origine du siège de Privas par les troupes de Louis XIII et Richelieu, fit défricher les bois pour agrandir la ferme initiale, qui n’était alors qu’une petite maison forte.
Une charpente de cathédrale pour 150 tonnes de pierre
L’architecture de Bourlatier est une prouesse technique impressionnante. Sa toiture de 900 m² est recouverte de lourdes lauzes de phonolithe pesant près de 150 tonnes. Pour soutenir une telle charge, les bâtisseurs ont conçu une charpente en “vaisseau renversé” typique des granges de la région.
Le système repose sur des arbalétriers appelés tenalhs (tenants), disposés en V renversé. Ces éléments reportent le poids des lauzes sur les poteaux verticaux (ou piédroits), qui supportent chacun 4 tonnes. Cette disposition évite que le poids de la toiture ne porte sur les murs.
De la grange seigneuriale à la renaissance culturelle
Le château associé à la ferme a connu un destin mouvementé, marqué par des pillages de fusiliers en 1672 et un abandon progressif. Bien avant la Révolution, il servait de “carrière” de pierres pour les villages voisins comme Sainte-Eulalie. Ce n’est qu’en 1987 que la ferme de Bourlatier a été sauvée par l’association Liger, une restauration exemplaire qui a d’ailleurs été primée par l’émission “Chefs-d’œuvre en péril” en 1988.
Aujourd’hui, ce site incontournable du plateau ardéchois est géré par le Syndicat mixte de la Montagne ardéchoise. Il accueille désormais le public pour des expositions et des manifestations culturelles, tout en préservant l’âme de ce “domaine noble” du XVIIe siècle.


























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