L’Auberge Sanglante de Peyrebeille : ce que l’histoire retient du « Coupe-Gorge »
Elle se dresse encore, solitaire et lugubre, au bord d’une départementale en Ardèche, non loin de la frontière avec la Haute-Loire, sur la Nationale 102. L’Auberge de Peyrebeille, tristement célèbre sous le nom d’« Auberge Rouge » ou de « Coupe-Gorge », est le lieu d’un des faits divers les plus mystérieux et macabres du XIXe siècle. Si l’établissement a inspiré films et légendes, l’histoire vraie des époux Martin, ses tenanciers, est plus complexe que le mythe. Comme le rappelle le média lyonnais L’influx, tel que le chante Malicorne (1978), on ne sortait souvent pas vivant de cet endroit isolé.
Bienvenue chez les Martin (1808 – 1833)
En 1808, Pierre Martin (né en 1773), dit le Blanc, et son épouse Marie Breysse (née en 1779), s’installent dans une vieille bicoque à Peyrebeille, hameau isolé de la commune de Lanarce, dans l’Ardèche. Leur but : ouvrir une auberge sur cet axe commercial qui relie le Massif Central à la Vallée du Rhône. Ils sont rejoints par leur domestique, Jean Rochette (né en 1785), dit Fétiche, un Ardéchois dont le surnom fut déformé par la légende qui en a fait, à tort, un homme noir de peau.
L’affaire démarre fort. En l’absence de concurrence dans ces étendues sauvages du Plateau du Mézenc, l’établissement est pris d’assaut, surtout pendant les rudes hivers. Marie, réputée bonne cuisinière, sert vins et fromages locaux, et les Martin s’enrichissent rapidement. Leur réussite attire cependant les soupçons et la jalousie des voisins, alimentant bientôt de sinistres rumeurs.
On les accuse de tout, même d’une cinquantaine de meurtres, comme le rappelle l’ouvrage Le Coupe-Gorge de Paul d’Albigny et les analyses relayées par l’association Rassemblement autour du doux.

Un seul corps pour un verdict monstrueux
L’affaire éclate fin octobre 1831 : le cadavre d’un agriculteur, Jean-Antoine Enjolras, est retrouvé sur les rives de l’Allier, à quelques kilomètres seulement de l’auberge. Son crâne est fracassé. L’instruction est lancée, et tous les regards se tournent vers les Martin, désignés comme les coupables idéaux de la vindicte populaire.
Malgré l’absence de preuves matérielles flagrantes et après quinze mois d’instruction, le procès des époux Martin et de Jean Rochette s’ouvre le 18 juin 1833 devant la Cour d’Assises de l’Ardèche, à Privas. Les accusations, qui couvraient initialement une cinquantaine de meurtres, furent réduites : le couple et son domestique furent finalement jugés coupables de l’assassinat de Jean-Antoine Enjolras, sur la base de témoignages indirects.
Le 25 juin 1833, la sentence tombe : les trois accusés sont condamnés à mort. Ils sont exécutés le 2 octobre 1833 par guillotine, devant leur propre auberge et devant une foule immense, selon la Chronologie de l’Affaire KronoBase.

Le lien avec la Haute-Loire : des têtes au Puy-en-Velay
Le mystère de l’Auberge de Peyrebeille réside dans le fait que, pour beaucoup, la culpabilité des aubergistes n’a jamais été prouvée, les rumeurs et la pression populaire ayant largement influencé le verdict. Quoi qu’il en soit, le mythe macabre était né.
Pour la Haute-Loire, l’histoire a une résonance particulière, car les têtes des trois suppliciés ont été moulées après l’exécution. Ces moulages des têtes de Pierre Martin, Marie Breysse et Jean Rochette sont aujourd’hui conservés et visibles au Musée Crozatier du Puy-en-Velay, comme le confirme le site du Musée Crozatier.


























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