Le 1er septembre 1840, Louis de Marcellange dîne avec ses domestiques dans la cuisine du château de Chamblas, à Saint-Étienne-Lardeyrol. Il est assis au coin de la cheminée, le dos tourné à la fenêtre, en train de discuter des travaux de la saison. Des coups de feu claquent depuis l’extérieur. Les carreaux volent en éclats. L’homme s’effondre, tué sur le coup, sous les yeux de ses gens. L’autopsie, pratiquée le lendemain, révèle que deux chevrotines et une balle lui ont traversé le cœur et mis le poumon en pièces.
Détail qui ne trompe pas les enquêteurs : le chien de garde du château, habituellement vigilant, n’a pas aboyé. Quelqu’un l’avait détaché avant l’arrivée du tireur.
Un domaine sous tension
Le château appartient depuis 1350 à la lignée de la Roche-Négly, transmise par alliance depuis les derniers seigneurs de Chamblas. Au moment du drame, la situation familiale est déjà dégradée. Marcellange s’apprête à user de son droit de mari pour louer le domaine à un fermier, un projet qui privera les dames de Chamblas de la jouissance de leur propre bien et de ses revenus. L’homme envisage même de quitter la Haute-Loire pour l’Allier, où il possède une propriété personnelle. Le climat, déjà tendu entre lui et sa belle-famille, s’envenime dans les semaines qui précèdent le meurtre.
Une enquête qui s’éternise
Les recherches menées dans la cour et les environs du château, au lendemain du meurtre, ne donnent rien dans l’immédiat. L’enquête met plusieurs mois à aboutir. Elle finit par désigner Jacques Besson, ancien domestique de confiance de la famille, congédié peu avant les faits par Marcellange lui-même. Besson affirmera plus tard avoir craint d’être soupçonné à cause de ses huit frères, sans jamais avouer sa participation directe.
Un procès à rebondissements
Le dossier judiciaire dure plus d’un an. Les débats se tiennent d’abord au Puy-en-Velay, dans la chapelle de la Visitation, avant de se poursuivre à Riom. Le procès attire du monde : préfet, maire, généraux, avocats réputés se pressent dans la salle. L’affaire dépasse largement le cadre local : la presse parisienne s’en empare, fascinée par ce fait divers de château.
Témoignages contradictoires, faux témoins condamnés en cours de route pour avoir menti sous serment, alibis contestés : Besson s’appuie sur une dizaine de personnes affirmant l’avoir vu au Puy-en-Velay au moment du meurtre. Cela ne suffit pas à convaincre la cour, d’autant que d’autres dépositions le placent sur le chemin de Chamblas, peu avant les coups de feu.
La sentence
Jacques Besson est condamné à mort pour homicide volontaire. Son pourvoi en cassation est rejeté, la peine confirmée par la cour de Lyon. Il est guillotiné place du Martouret, au Puy-en-Velay, le 28 mars 1843, sans jamais avoir avoué sa culpabilité.
Le château aujourd’hui
Bâti à flanc de coteau, flanqué d’une tour qui domine encore la forêt environnante, le château de Chamblas reste debout aujourd’hui à Saint-Étienne-Lardeyrol. L’édifice garde la trace de ce fait divers qui a marqué le Velay du 19e siècle, au point d’inspirer plusieurs ouvrages depuis.
© Source : Musée Crozatier – Pays d’art et d’histoire du Puy-en-Velay

























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