21 janvier 1971 : le Nord 262 disparaît des radios
Ce matin-là, un bimoteur Nord 262 de l’Armée de l’Air décolle de Paris-Villacoublay à destination d’Orange-Caritat. À bord : vingt et une personnes. Pas des passagers ordinaires.
Sept scientifiques de haut niveau du Commissariat à l’Énergie Atomique : Jacques Mabile, Hubert de Laboulaye, Jean Bussière, George Tirole, François Ronteis, Pierre Johanne, Colonel Jean Gaume. Six officiers d’état-major : le Vice-Amiral Landrin, le Général Pineau, l’Ingénieur Général Billion, le Colonel Birckel, le Colonel d’Erceville, le Capitaine de Corvette Bouteiller. Quatre militaires de l’Armée de l’Air. Et les quatre membres d’équipage.
Vers 9 heures 40, les liaisons radio s’interrompent. Des témoins signalent avoir entendu une explosion dans la région de Mezilhac, sur le plateau ardéchois. Des rafales de neige balayent le secteur. Le Plan SATER est activé depuis Privas.
L’épave dans la neige
Vers 17 heures, un hélicoptère repère les débris de l’appareil, éparpillés sur trois cents mètres carrés dans un mètre de neige fraîche. Le Nord 262 s’est écrasé à deux cents mètres du sommet du Suc de Pradou, à 1 342 mètres d’altitude. Il n’y a aucun survivant.
Dans les semaines qui suivent, la zone de l’accident est interdite au public. Les Autorités Militaires recherchent dans l’épaisse couche de neige les valises contenant de nombreux documents classés secret-défense. La serviette en cuir contenant les manuscrits les plus sensibles restera introuvable pendant plusieurs jours.
Un monument, élevé en bordure de route à la sortie sud de Mezilhac, commémore la mémoire des victimes.
Une erreur stratégique qui a sinistré le nucléaire français
Au-delà du drame humain, Jean Huppert pointe une erreur de jugement stupéfiante : mettre tout le gratin scientifique et militaire du nucléaire français dans un seul avion, en janvier, par météo déplorable, au-dessus du plateau ardéchois. La règle élémentaire de sécurité veut qu’on ne concentre jamais les compétences irremplaçables d’un programme stratégique dans un même appareil. Elle n’a pas été respectée.
La perte simultanée de sept des meilleurs scientifiques du CEA et de six officiers supérieurs a sinistré le programme nucléaire français pour des années. Des expertises rares, des connaissances accumulées sur des technologies de pointe, des réseaux humains irremplaçables : tout cela a disparu en quelques secondes sur les pentes du Suc de Pradou.
Le Triangle de la Burle : 160 ans d’histoire aéronautique
Depuis le ballon de Nadar en 1865 jusqu’aux années 2000, ce plateau à cheval entre la Haute-Loire et l’Ardèche a concentré une densité de drames aériens unique en France. La compilation de Paul Mathevet, réalisée avec René Bouvier et Jacques Liénard et la collaboration du BEA, en recense 70 au total.
Le Triangle de la Burle n’est pas un mythe folklorique. C’est une réalité géographique et météorologique documentée, portée à la connaissance du public grâce au travail de Jean Huppert, de la Commanderie de Devesset, qui a passé des années à croiser les archives, les témoignages et les souvenirs d’un territoire qu’il habite et qu’il connaît comme personne.
© Sources : Paul Mathevet, René Bouvier, Jacques Liénard / BEA — Groupement Antoine de Saint-Exupéry / Dr Jean Huppert, Commanderie de Devesset/ image illustration / CC BY-SA 4.0

























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