À quelques kilomètres du Puy-en-Velay, dans la vallée de la Senouire, se dresse un relief étrange : le Mont de la Tortue, à Saint-Julien-Chapteuil. Ce n’est pas une montagne comme les autres. C’est un suc volcanique, un dôme de phonolithe figé il y a des millions d’années. Et son nom, aussi insolite qu’évocateur, raconte déjà une partie de son histoire.
Car oui, vu d’un certain angle, surtout depuis le hameau de Montusclat, ce sommet ressemble à une tortue. Sa carapace arrondie, son cou allongé, son regard tourné vers le ciel. Une illusion géologique, mais si forte qu’elle a traversé les siècles.
Un géant de pierre endormi
Le Mont de la Tortue fait partie des sucs volcaniques du Velay, ces dômes de lave visqueuse qui ont surgi entre 15 et 6 millions d’années. Contrairement aux volcans explosifs, il n’a jamais eu de cratère. La lave, épaisse et riche en silice, s’est accumulée en surface, puis figée, formant ce dôme caractéristique.
Le rocher principal est composé de phonolithe, une pierre dure et sonore que les anciens appelaient lauze. Celle-ci a été largement utilisée pour couvrir les toits traditionnels des fermes du Velay.
Aujourd’hui, le Mont de la Tortue est un témoin silencieux des convulsions de la terre. Il fait partie du patrimoine géologique du Meygal et du Velay, dans le territoire du Parc naturel régional du Massif central. (À la différence des Monts d’Ardèche, labellisés Géoparc UNESCO, ce site n’est pas inclus dans ce périmètre mais reste emblématique du volcanisme vellave.)
La randonnée : comment y aller ?
Plusieurs sentiers permettent d’approcher le Mont de la Tortue. Le plus accessible part du hameau de Montusclat, au pied du sommet.
- Distance : environ 4 km aller-retour
- Dénivelé : 200 m
- Temps : 1h30 à 2h
- Difficulté : Facile à modérée
Le départ se fait depuis un petit parking à l’entrée de Montusclat. Le sentier monte en lacets à travers bois, puis débouche sur une crête offrant une vue dégagée sur la vallée de la Senouire, le Puy-en-Velay, et les autres sucs alentour.
On ne gravit pas le sommet lui-même, mais on s’en approche assez pour en sentir la masse et la puissance. L’ambiance est calme, recueillie. On entend les oiseaux, le vent dans les feuilles, parfois le cri d’un rapace.

Une légende tenace
Comme souvent avec les formes étranges, une légende s’est tissée autour du Mont de la Tortue.
On raconte qu’il y a très longtemps, une tortue géante vivait dans la vallée. Lente, sage, elle errait entre les collines. Un jour, un berger, moqueur, la traita de « vieille chose inutile ». Blessée, la tortue s’immobilisa, et la terre se referma sur elle. Depuis, elle veille, figée pour l’éternité, tournée vers le ciel.
Bien sûr, ce n’est qu’une histoire. Mais elle dit l’attachement des habitants à ce paysage, et leur besoin de donner un sens aux formes de la nature.
Un lieu de mémoire
Le Mont de la Tortue n’est pas qu’un relief. Il est aussi un repère, un point de vue, un lieu de passage.
Les anciens l’utilisaient pour s’orienter. Les bergers y conduisaient leurs troupeaux en estive. Et les pèlerins, sur le chemin de Saint-Jacques, le voyaient comme un signe : le Puy n’était plus très loin.
Aujourd’hui, il attire les randonneurs, les photographes, les curieux. Un lieu parfait pour une pause, un pique-nique, un moment de calme.
Parce qu’ici, la terre a une forme d’humour. Et parfois, elle ressemble à une tortue.


























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