Quarante ans de lever avant l’aube, de bêtes à soigner, de récoltes sous la pluie. Et au bout du chemin, une pension qui, pour beaucoup, ne dépasse pas 1 150 euros bruts par mois. En Haute-Loire, département rural où l’agriculture structure encore le territoire, le sujet touche des milliers de familles.
Ce que disent les chiffres officiels
Selon la Mutualité Sociale Agricole (MSA), la pension moyenne d’un chef d’exploitation ayant une carrière complète tourne autour de 1 150 euros bruts par mois — soit 350 euros de moins que la moyenne nationale des retraités. Et ce chiffre est une moyenne : il masque des situations bien plus précaires. Un exploitant dont les revenus ont été faibles ou irréguliers — ce qui est fréquent en Haute-Loire, territoire de montagne aux exploitations souvent modestes — peut se retrouver nettement en dessous.
Comment ? La pension de base agricole se compose d’une part forfaitaire (311,56 € par mois en 2024) et d’une part proportionnelle au revenu cotisé. Si les revenus ont été faibles pendant la carrière, la pension proportionnelle l’est aussi. Le tout peut descendre bien en dessous de 1 000 euros — voire moins pour les conjoints collaborateurs qui, pendant des décennies, ont travaillé sur l’exploitation sans statut reconnu.
Des réformes, mais des effets limités
La loi Chassaigne de 2020 a constitué un premier pas : elle a relevé le plancher des pensions à 85% du SMIC net agricole pour les chefs d’exploitation ayant une carrière complète, soit 1 200,26 euros bruts par mois au 1er janvier 2025. Mais ce plancher est soumis à conditions : carrière complète, tous régimes confondus. Et il reste un montant brut, avant prélèvements sociaux (CSG, CRDS, CASA).
Depuis le 1er janvier 2026, une autre réforme est entrée en vigueur : le calcul de la retraite de base s’effectue désormais sur les 25 meilleures années de carrière, à l’image du régime général. Un progrès pour ceux dont la carrière a connu des creux — mais la MSA elle-même avertit que “la réforme ne garantit pas nécessairement une hausse significative du montant de la retraite”.
Les oubliés : conjoints et aides familiaux
Derrière l’agriculteur, il y a souvent une conjointe qui a tenu les comptes, conduit le tracteur, gardé les bêtes — sans jamais être salariée. Pendant longtemps, ces conjoints collaborateurs cotisaient peu ou pas du tout. Résultat : des pensions inférieures de près de 959 euros par mois à celles des hommes pour les femmes retraitées agricoles, selon les chiffres MSA de fin 2022. Des lois successives ont commencé à corriger cela — mais pour celles qui ont déjà liquidé leurs droits, l’histoire est écrite.
Et en Haute-Loire ?
Le département compte plusieurs milliers d’agriculteurs retraités relevant de la MSA Auvergne. Les exploitations lozériennes et vellavaises, souvent en élevage bovin ou ovin sur des surfaces limitées par le relief, ont rarement généré des revenus permettant de constituer une pension confortable. La réalité locale est que beaucoup de ces retraités vivent sur le patrimoine — la ferme, les terres — plutôt que sur leur pension.
Si vous êtes agriculteur retraité ou en approche de la retraite, la MSA Auvergne propose des entretiens information retraite gratuits pour faire le point sur votre situation : msa.fr



























Ajouter un commentaire