En 1894, l’érudit local Albin Mazon, qui signait ses livres sous le pseudonyme de Docteur Francus, publie un ouvrage consacré à l’Ardèche et à la Haute-Loire. Dans un chapitre consacré aux voyageurs qui ont traversé le Velay au fil des siècles, il raconte l’histoire d’un touriste anglais passé par le Monastier-sur-Gazeille plusieurs années auparavant. Mazon ne le nomme jamais. C’est Jean Huppert, collectionneur de l’œuvre complète de Mazon, qui a repéré ce passage en consultant les archives numérisées récemment mises en ligne.
Cet inconnu, c’était Robert Louis Stevenson. L’écrivain écossais avait acheté au Monastier une ânesse pour transporter ses provisions et une tente de fortune, avant d’entamer sa traversée des Cévennes qui donnera naissance à Voyage avec un âne dans les Cévennes, publié en 1879.
Un récit envoyé depuis Londres
Mazon raconte tenir l’histoire de l’auberge du Monastier. On lui montre même le récit imprimé en anglais que le voyageur avait envoyé depuis Londres à la personne qui lui avait vendu l’ânesse. Mazon dit avoir « parcouru rapidement le volume », intitulé Travels with a Donkey in the Cevennes.
Il en cite un passage, où Stevenson décrit le Monastier avec une ironie mordante sur les querelles politiques du village, entre légitimistes, orléanistes, impérialistes et républicains. Mazon commente le portrait comme « un peu vif », tout en reconnaissant qu’il n’a « pas assez séjourné » pour juger s’il s’applique parfaitement au bourg.
Un nom jamais prononcé
Le détail qui frappe, c’est l’absence totale du nom de Stevenson dans tout le récit de Mazon. Pourtant, au moment où l’érudit local écrit ces lignes, l’écrivain écossais est devenu mondialement célèbre grâce à L’Île au trésor, publié en 1883, et à L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, publié en 1886, respectivement onze et huit ans avant la parution du livre de Mazon.
Rien dans le texte n’indique que Mazon ait fait, ou pas fait, le lien avec cette notoriété. Il évoque simplement “notre touriste d’outre-Manche”, sans jamais chercher à l’identifier davantage. Le mystère reste entier sur ce qu’il en savait réellement.
Ce que le texte ne dit pas
L’ouvrage de Mazon confirme qu’un exemplaire du récit de Stevenson, dans sa version anglaise originale, a été au Monastier entre les mains de la personne qui avait vendu l’ânesse. Le texte ne précise en revanche ni si cet exemplaire portait une dédicace, ni ce qu’il est devenu par la suite. Cette piste, aussi séduisante soit-elle, reste à ce jour une hypothèse, pas un fait établi.

























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