Un nom, une réalité géographique
Le Triangle de la Burle tire son nom du vent violent qui balaie le plateau à cheval entre la Haute-Loire et l’Ardèche. Ce n’est pas un mythe. C’est une compilation méticuleuse de faits établie par Paul Mathevet, du Groupement Antoine de Saint-Exupéry, avec René Bouvier, Jacques Liénard et la collaboration du BEA : 52 drames aériens en Ardèche depuis 1865, 18 en Haute-Loire depuis 1936. Une concentration unique en France.
Les facteurs sont connus : le massif du Mézenc à 1 753 mètres, des reliefs brutaux et invisibles sous le brouillard, une météo imprévisible en toutes saisons, des vents violents et changeants. Le plateau constitue un obstacle redoutable sur les axes de transit aérien entre la Méditerranée et le nord de la France. Les pilotes le savent. Pas toujours assez tôt.
31 décembre 1964 : collision au-dessus du Mézenc
Le dernier jour de 1964, trois avions à réaction de type F-100, appartenant à la base allemande de Lahr, évoluent à grande vitesse au-dessus du massif. Au cours d’un chassé-croisé, deux appareils se heurtent en vol. L’un s’écrase sur le plateau de la Croix de Peccata aux Estables, l’autre dans les bois de Chaudeyrolles, à deux cents mètres. Les lueurs de l’incendie sont visibles à quinze kilomètres.
Les sauveteurs progressent dans quarante centimètres de neige sous de fortes bourrasques. Les corps du lieutenant Jacques-Albert Marie et du sergent-chef Guy Flamant sont retrouvés attachés à leur siège, à plusieurs centaines de mètres des épaves. Le troisième appareil avait probablement averti par radio : un hélicoptère de la base d’Orange-Caritat arrive rapidement sur les lieux.
17 février 1972 : Devesset, en silence
Par épais brouillard, un Robin DR 253 de l’Aéro-Club d’Angoulême percute la montagne au lieu-dit Le Roux, sur la commune de Devesset. Personne n’a entendu d’explosion. L’épaisse couche de neige a amorti le bruit. Ce sont des habitants d’une ferme voisine qui donnent l’alerte en trouvant une roue de l’avion dans leur cour. René Clément et André Galloux, les deux occupants, sont morts.
La Commanderie de Devesset, qui avait frôlé le ballon de Nadar en 1865, voyait s’écraser un avion à quelques centaines de mètres. Même plateau. Un siècle plus tard.
12 mai 1991 : trois morts et un miracle aux Estables
Un Piper PA28 décolle de Clermont-Ferrand en direction de Marignane avec quatre personnes à bord. Après Le Puy-en-Velay, le pilote choisit la route directe par le Mézenc. La météo prévoyait une légère dégradation. Les reliefs sont dans la brume.
L’avion percute le mont d’Alambre aux Estables sous un angle élevé et à grande vitesse, peu avant 10 heures. Les recherches durent toute la journée. À 20 heures, la balise de détresse est localisée. Horrible spectacle : l’avion est complètement broyé. Trois corps. Et au milieu des débris, vivante : Dorine Bourneton, 16 ans, grièvement blessée et frigorifiée, mais vivante.
Dorine Bourneton gardera un handicap lourd de cet accident. Elle obtiendra plus tard son brevet de pilote sur avion spécialement aménagé et militera pour que les personnes handicapées puissent accéder au brevet de pilote professionnel.
La suite : Mezilhac 1971
Ces drames ont forgé la réputation du Triangle de la Burle. Mais le plus lourd de tous, celui qui a marqué l’histoire du nucléaire français, mérite un article entier. C’est l’objet de notre troisième et dernière partie : le 21 janvier 1971, un avion transportant le gratin scientifique et militaire du pays s’écrase près de Mezilhac. Vingt et un morts. Et une serviette en cuir contenant des documents secret-défense introuvable dans deux mètres de neige.
© Sources : Paul Mathevet, René Bouvier, Jacques Liénard / BEA — Groupement Antoine de Saint-Exupéry / Dr Jean Huppert, Commanderie de Devesset/ image illustration / CC BY-SA 4.0

























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