Un Toscan, une vigne, un coteau
Tout Aurecois a entendu parler du vin des vignes Torti. Peu connaissent l’homme derrière les bouteilles. À la demande de la rédaction, la famille Torti a accepté de remonter le temps, avec le concours de l’association les Amis du Vieil Aurec.
Émile Torti est toscan. Ouvrier agricole en Italie, il passe trois ans aux États-Unis pour mettre de l’argent de côté, puis pose ses valises à Aurec-sur-Loire en 1923. Son beau-frère lui décroche une place à l’usine de caoutchouc Interep. Un salaire pour tenir. Mais Émile a la terre dans le sang : après ses journées à l’usine, il remonte sur les hauteurs de Nurol pour façonner ses parcelles. Ses deux fils adolescents l’épaulent, bêche après bêche. Les terrasses se construisent à flanc de coteau, exposées sud-est, pour retenir la terre sur le dénivelé.
1945 : le pari de la vigne
La guerre a tout bousculé. Les foyers ne peuvent aligner qu’un seul salaire. Émile choisit la vigne. Sa femme vend les légumes du jardin au marché. Sa fille aînée travaille à l’usine d’appareils photo SEM, juste à côté. Chacun tient son rôle.
La production monte rapidement. Du rouge, du blanc, du rosé, du vin de paille. Entre 11 degrés pour le vin de table et 16 degrés pour les meilleures cuvées. Les parcelles de Nurol atteignent jusqu’à 25 000 bouteilles par an. Émile travaille seul au quotidien ; toute la famille converge aux vendanges. Les Aurecois viennent acheter directement sur place, sans intermédiaire.
1980 : la barque ne revient pas
Un matin de 1980, Émile part semer des petits pois dans sa vigne. Il prend la barque. Il ne revient pas. La société ferme avec lui, sans successeur.
Émile Torti a fait pousser du vin à Aurec-sur-Loire pendant trente-cinq ans, seul sur ses terrasses de Nurol, là où personne d’autre n’en faisait plus. Il restera l’image d’un homme venu d’ailleurs qui a marqué les coteaux de la Loire.
« Merci à Lydia et Francine Torti pour leurs souvenirs, et à l’association les Amis du Vieil Aurec. »



























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