Un village taillé dans la roche
Vogüé ne se découvre pas, il se révèle. Posé en surplomb de la rivière Ardèche, coincé entre une falaise calcaire et les eaux claires de la rivière, le vieux bourg ressemble à un amphithéâtre que la nature aurait sculpté exprès. Les ruelles montent, se croisent, passent sous des arcades. La rue des Puces, l’une des plus étroites de France, résume à elle seule l’ambiance : ici, on ne passe pas à deux de front. La commune compte environ 1 040 habitants, mais en pleine saison estivale, des milliers de visiteurs envahissent le village, les campings et les rives de l’Ardèche.
La famille qui a donné son nom au village
L’histoire de Vogüé se confond avec celle d’une seule famille. En 1084, un certain Bertrand de Vogüé et son épouse Bermonde cèdent des terres à l’abbaye de Lavilledieu : c’est la première trace écrite de la lignée. Un siècle plus tard, Raymond de Vogüé part pour le siège de Saint-Jean d’Acre lors de la troisième croisade. La famille construit un donjon dominant la rivière, perçoit le péage sur l’Ardèche, et étend progressivement son emprise sur tout le Vivarais.
Au XIVe siècle, le château passe aux mains de la famille de La Gorce, puis aux Rochemure de Besset qui le reconstruisent entièrement entre 1380 et 1603 : quatre tours rondes, configuration défensive, la bâtisse prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. En 1603, Melchior Ier de Vogüé, grand bailli du Vivarais, rachète le château ancestral et le transforme dans l’esprit Renaissance : fenêtres à meneaux, grand escalier, jardin suspendu au-dessus des douves comblées. Le système défensif disparaît. La forteresse devient résidence.
La Révolution, l’abandon, la renaissance
Au XVIIe siècle, Charles de Vogüé préfère s’installer au château d’Aubenas. Vogüé se dégrade, lentement. La Révolution achève le travail : incendié, saccagé, le château est vendu comme bien national. Pendant un siècle, il reste à l’abandon. C’est en 1839 que Léonce de Vogüé le rachète et engage sa restauration. La famille récupère ce qu’elle avait perdu. Depuis 1971, le château est ouvert au public. Il accueille des expositions d’art contemporain et conserve des pièces remarquables : la salle des États du Vivarais, une chapelle ornée de vitraux signés Alfred Manessier (1980), et les vestiges de la cuisine du XIIe siècle.
Un viaduc reconverti, une rivière mythique
Le patrimoine de Vogüé ne se limite pas au château. L’ancien viaduc ferroviaire construit en 1877 pour la ligne Vogüé-Aubenas enjambe l’Ardèche et a été reconverti en voie verte. Sa prouesse technique, la stéréotomie, c’est-à-dire l’assemblage de voûtes biaises avec des pierres non planes, s’admire encore aujourd’hui. En contrebas, la rivière Ardèche attire baigneurs et canoës tout au long de l’été. Le village est classé parmi les Plus Beaux Villages de France, label qui impose la présence d’au moins deux monuments historiques et une population inférieure à 2 000 habitants.
Vogüé, village ardéchois classé Plus Beaux Villages de France, domine la rivière Ardèche depuis un site occupé dès 1084 par la famille de Vogüé, qui façonna le château et l’histoire du Vivarais pendant neuf siècles.
© Source : patrimoine-ardeche.com ; museedupatrimoine.fr ; les-plus-beaux-villages-de-france.org — mai 2026



























Ajouter un commentaire