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Voies romaines et chemins muletiers du Velay : les routes oubliées qui ont fait la Haute-Loire

Voies romaines et chemins muletiers du Velay : les routes oubliées qui ont fait la Haute-Loire
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Sous nos routes, sous nos chemins de randonnée, sous les champs qui longent les vallées du Lignon et de l’Allier, il y a des dalles. Des dalles posées il y a deux mille ans par des ingénieurs romains qui avaient compris une chose essentielle : le Velay est un carrefour. Entre Lyon et Bordeaux, entre l’Auvergne et la Méditerranée, entre le nord et le sud de la Gaule. Ces voies, et les chemins muletiers qui leur ont succédé ou couru en parallèle pendant des siècles, ont littéralement façonné l’économie et les villages de Haute-Loire. En voici l’histoire.

Ruessium, capitale des Vellaves et nœud routier

Tout part de Ruessium — l’actuel Saint-Paulien, à une dizaine de kilomètres au nord du Puy-en-Velay. C’était la capitale du peuple gaulois des Vellaves, puis la ville principale du territoire vellave sous l’Empire romain. De là rayonnait un réseau de voies qui irriguait tout le territoire. On en connaît aujourd’hui plusieurs grandes branches, documentées par les archéologues depuis le XIXe siècle, notamment grâce aux travaux d’Auguste Aymard, archiviste départemental de la Haute-Loire, dont les recherches publiées entre 1855 et 1868 restent une référence.

La voie Bolène : Lyon à Bordeaux via le Velay

La plus importante de toutes s’appelle la voie Bolène. Son nom, transmis de génération en génération dans la mémoire locale, viendrait du magistrat romain qui en aurait dirigé la construction — une pratique courante sous l’Empire. Elle reliait Lyon (Lugdunum) à Toulouse (Tolosa) en passant par Usson-en-Forez, Saint-Paulien et Javols, chef-lieu des Gabales en Gévaudan.

Des bornes milliaires — ces colonnes de pierre gravées qui indiquaient les distances — jalonnaient son tracé. Plusieurs ont été retrouvées en Haute-Loire : à Beaune-sur-Arzon, à Vergezac, à Chaspuzac. L’une d’elles, longtemps perdue dans les réserves du musée Crozatier au Puy-en-Velay, a été redécouverte lors de recherches archéologiques récentes. Elle date du règne de l’empereur Maximinus, au IIIe siècle, et témoigne de vastes travaux de réfection de la voie à cette époque. Les Romains entretenaient leurs routes comme nous entretenons nos autoroutes.

La largeur de la chaussée atteignait 5,50 mètres à certains endroits, avec une structure en couches successives : béton, remblai, pavés. Des fouilles réalisées lors de la construction du chemin de fer au XIXe siècle ont mis au jour ces couches superposées, accompagnées de céramiques, tuiles et monnaies romaines bien conservées. La route était construite pour durer — et elle a duré.

Détail qui relie passé et présent : c’est par la voie Bolène que l’évêque du Puy Godescale, en 950, entreprit le premier grand pèlerinage non espagnol vers Saint-Jacques-de-Compostelle, franchissant l’Allier à Vabres avant de rejoindre Javols, Rodez et les Pyrénées. La via Podiensis, le chemin de Compostelle qui part du Puy, n’existait pas encore — les premiers pèlerins marchaient sur du romain.

Les autres voies : un réseau plus dense qu’on ne le croit

La Bolène n’était pas seule. L’archéologue Roger Gounot, dans son ouvrage de référence publié par les Cahiers de la Haute-Loire en 1989, recense plusieurs autres itinéraires documentés : la voie Saint-Paulien/Clermont, la voie Saint-Paulien/Aubenas par le col du Pal, la voie de l’Emblavès, la voie du pèlerinage, et la fameuse voie Régordane — axe nord-sud reliant le Puy-en-Velay à la Méditerranée via les Cévennes.

La Régordane est particulièrement riche d’histoire. Chemin de marchands, de muletiers et de pèlerins, elle connectait le Languedoc au Puy par Pradelles et Langogne. C’est par elle qu’arrivaient le sel des salins méditerranéens, les épices venues d’Orient via le port de Saint-Gilles, les draps du Languedoc. Et c’est par elle que des personnages comme le pape Urbain V ou Adhémar de Monteils, évêque du Puy et légat pontifical, ont transité avant la première croisade.

Les chemins muletiers : l’autre réseau, celui des hommes

Là où la voie romaine suivait la ligne droite et la logique militaire, le chemin muletier suivait la logique du terrain et du commerce. Tracé sur les crêtes pour éviter les zones marécageuses, épousant les cols naturels, marqué par des siècles de pas et de sabots : c’est un réseau parallèle, complémentaire, qui a perduré du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle.

En Velay, la grande spécialité des chemins muletiers, c’est l’échange vertical : faire monter ce que la plaine et le sud produisent, faire descendre ce que les hauts plateaux cultivent. Le vin du Bas-Vivarais et des rivages du Rhône montait vers les plateaux auvergnats où la vigne ne pousse pas. En sens inverse descendaient les céréales, les lentilles vertes du Puy, les pois et les haricots des terres vellaves. Le sel de la Méditerranée et la soie d’Aubenas rejoignaient Saint-Étienne et les manufactures.

L’historien Albin Mazon a consacré en 1892 un ouvrage entier à ces hommes et à leurs bêtes : Les muletiers du Vivarais, du Velay et du Gévaudan. Il y décrit un monde organisé, hiérarchisé, avec ses codes et ses rites. Un convoi — la couble — comptait entre 6 et 9 mulets. Le chef de convoi était le viegi, le plus fort et le mieux harnaché. Le muletier lui-même se reconnaissait à son bonnet de laine rouge, ses anneaux d’or aux oreilles et sa ceinture de laine assortie. Un mulet portait jusqu’à 168 litres de vin dans des outres en peau de bœuf — les boutes — bien plus maniables que des tonneaux sur les sentiers de montagne.

L’importance commerciale de ces convois était considérable. Dès le XVIe siècle, les registres du droit d’entrée des marchandises à Lyon montrent que le transport à dos de mulet en provenance du Puy est prépondérant. Un muletier des Estables nommé Philippe Barbasto, dont le testament a été conservé, transportait à Lyon couteaux, cuir, plumes et soie dans un convoi de cinq bêtes. Son itinéraire — de Bagnols au Puy — est encore lisible dans ses dettes détaillées aux hôtes, bâtiers et maréchaux-ferrants croisés en chemin.

En 1635, une confrérie des muletiers est fondée à Pradelles, sous le patronage de saint Étienne, avec des statuts révisés en 1663. Preuve que ces hommes formaient une véritable corporation organisée, avec ses règles, sa solidarité et sa spiritualité — la cathédrale du Puy conservait encore en 1842, sous son grand arceau, quatre fers à cheval offerts en ex-voto par un muletier sauvé sur les glaces du lac du Bouchet.

Ces chemins sont encore là

Beaucoup de ces tracés n’ont pas disparu. Ils se sont transformés en GR et en sentiers de randonnée. La voie Régordane est aujourd’hui le GR 700. La voie Bolène fait l’objet d’un balisage spécifique, avec son emblème propre. Le chemin de Compostelle qui part du Puy — la via Podiensis, devenue le GR 65 — emprunte par endroits des tronçons de ces anciens itinéraires.

Le musée gallo-romain de Saint-Paulien permet de toucher du doigt cette histoire. Le musée Crozatier au Puy-en-Velay conserve des bornes milliaires et des artefacts de cette période. Et pour qui sait regarder en marchant, certains chemins creux, certaines lignes droites inexplicables à travers les champs, certaines pierres plates affleurant dans un pré — racontent encore les deux mille ans de passage qui les ont creusés.

SOURCES : Auguste Aymard (archiviste 43, 1855-1868) / Roger Gounot, Archéologie gallo-romaine en Haute-Loire, Cahiers de la Haute-Loire 1989 / Wikipedia Muletiers du Velay / Albin Mazon, Les muletiers du Vivarais, du Velay et du Gévaudan (1892) / Site voie-bolene.info / Site chemin-regordane.fr

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