Lou cin djaï : les cinq coqs qui ont donné son nom à la ville
Yssingeaux. Le nom intrigue, avec son Y initial et son X final. La ville elle-même s’en amuse : ses armoiries affichent cinq coqs dorés sur fond d’azur, accompagnés d’une devise latine, « evocant auroram », ils annoncent l’aurore. L’étymologie la plus communément admise fait de ce nom la francisation du patois occitan « lou cin djaï », les cinq coqs. Difficile de vérifier, mais difficile aussi de résister à l’image.
La ville se déploie à environ 840 mètres d’altitude dans le pays des Sucs, ce territoire de dômes volcaniques qui caractérise l’est du Velay. Elle couvre 80,57 km², compte 7 415 habitants au recensement de 2023 et le Lignon du Velay la traverse. Entre Saint-Étienne au nord et Le Puy-en-Velay à 28 km à l’ouest, elle occupe une position de carrefour qui explique une bonne partie de son histoire.
Une sous-préfecture au destin agité
L’histoire administrative d’Yssingeaux est plus mouvementée qu’il n’y paraît. À la création des départements en 1790, une rivalité sérieuse oppose Yssingeaux, Montfaucon-en-Velay et Monistrol-sur-Loire pour le chef-lieu de district. Monistrol l’emporte pour la fonction administrative, Yssingeaux pour la fonction judiciaire. En 1800, sous le Consulat, c’est finalement Yssingeaux qui obtient le siège de l’arrondissement.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 1926, l’arrondissement et la sous-préfecture sont purement supprimés, absorbés par Le Puy. La ville perd son statut pendant quinze ans. La sous-préfecture ne rouvre ses portes que le 1er octobre 1942. Le bâtiment actuel, rue Alsace-Lorraine, avait été inauguré en 1867 par le sous-préfet Alexis de Labedoyère, après qu’un plancher avait failli emporter son prédécesseur dans sa chute. Un épisode qui dit beaucoup du rapport qu’Yssingeaux entretient avec les institutions : toujours là, même après avoir frôlé la disparition.
Des origines gallo-romaines aux remparts du Moyen Âge
À l’époque gallo-romaine, la ville s’établit sur le mont Saint-Roch, à l’est de l’actuel centre, dominant la vallée de la Siaulme et surveillant une voie de liaison entre les vallées du Rhône et de la Loire. La première mention écrite connue de la paroisse remonte à 985, dans le cartulaire de Chamalières sous le nom d’Issingaudo.
Au Moyen Âge, la cité se protège de remparts et de tours. Au XVe siècle, l’évêque du Puy Jean de Bourbon fait construire une maison forte dans la ville, relais sur la route entre Le Puy et Monistrol-sur-Loire. La ville a donc pesé dans le réseau de pouvoir vellave bien avant de devenir simple chef-lieu d’arrondissement.
La chapelle des Pénitents : neuf siècles de pierre et d’histoire
C’est sans doute le monument le plus chargé d’Yssingeaux. Les origines de la chapelle des Pénitents remontent aux années 1150, quand les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, à la demande du roi et avec l’appui du comte du Velay et de l’évêque du Puy, édifient un refuge pour les pèlerins se rendant à la cité mariale du Puy. Un hospice pour ceux qui n’arrivaient pas à aller plus loin.
La chapelle proprement dite est construite dans la seconde moitié du XIIIe siècle, en avant des remparts, d’abord comme chapelle de maladrerie. Au XIVe siècle, la maladrerie devient hôpital. En 1629, une confrérie de Pénitents Blancs est fondée en ville et s’empare de l’édifice, lui donnant son nom. L’abside romane originelle est démolie, remplacée par un chœur à cinq pans. Le carrelage intérieur conserve une croix de 12 mètres dessinée dans le pavé, vestige probablement de la première construction. Elle a même servi d’église paroissiale provisoire de 1812 à 1827. Couverte de lauzes, inscrite aux Monuments Historiques depuis 1937, elle se visite encore.
L’église Saint-Pierre et le musée des arts populaires
Le centre-ville est dominé par l’église Saint-Pierre, construite au début du XIXe siècle dans un style gréco-toscan assez inhabituel pour la région. Quarante mètres de long, vingt de large : c’est une église qui en impose, presque anachronique dans ce paysage de basalte et de lauze. Non loin, le Musée d’arts et de traditions populaires reconstitue des intérieurs paysans du début du XXe siècle et donne un aperçu concret de ce qu’était la vie quotidienne dans le pays des Sucs avant la mécanisation.
La brioche à la fleur d’oranger : un produit, une fierté, une confrérie
Impossible de parler d’Yssingeaux sans sa brioche. Pas n’importe laquelle : la brioche à la fleur d’oranger, un produit artisanal qui a valu à la ville le label officiel « Cité de la Brioche ». Une confrérie s’est même constituée pour défendre et promouvoir ce savoir-faire local et le métier d’artisan boulaingr qui va avec. Ajoutez à cela la fourme d’Yssingeaux, un fromage à pâte persillée bien ancré dans le terroir vellave, et vous avez une ville qui sait très bien ce qu’elle met dans l’assiette.
L’été 1944 : la Résistance prend la sous-préfecture
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Yssingeaux n’est pas restée passive. Dès juin 1944, la ville est le théâtre d’actions de résistance. Le 22 août 1944, le Comité Local de Libération est au travail. La ville est libérée par les maquis de la résistance locale, le secteur ayant été entièrement libéré dès le 19-20 août 1944, un jour avant l’arrivée des troupes alliées régulières.
Yssingeaux aujourd’hui : une sous-préfecture qui résiste
Yssingeaux reste aujourd’hui la troisième ville du département, loin derrière Le Puy mais solide. Siège de la communauté de communes des Sucs, elle rassemble 44 communes et plus de 86 000 habitants dans son arrondissement. La ville grandit doucement depuis les années 1990, passant de 6 118 à 7 415 habitants en trente ans, sans rupture, à son rythme.
Le pays des Sucs, avec ses dômes volcaniques qui percent l’horizon, lui offre un cadre rare. Entre la montée vers le Meygal et les gorges du Lignon en contrebas, Yssingeaux n’a pas fini de défendre son rang.

























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